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« Il n’y a pas d’être plus malheureux sous le soleil qu’un fétichiste qui languit après une bottine et qui doit se contenter d’une femme entière » écrivait Karl Kraus.

C’est, en substance, ce que nous évoque ce fonds photographique anonyme surgi du secret auquel il semblait voué. Soit des centaines de tirages amateurs courant sur une décennie, entre 1996 et 2006, et témoignant du fétichisme de son auteur.

Celui-ci se manifeste au travers de clichés de jambes gainées de collants, prises indifféremment dans la rue ou à la télévision. Sa pratique évoque immanquablement celle de Miroslav Tichy – exposé simultanément -, à la différence notable que notre auteur devient parfois lui-même acteur de ce « musée de jambes voilées », ainsi que le qualifie Magali Nachtergael.

Comme fréquemment dans l’art brut, se posent deux questions brûlantes : d’une part, quel est le degré d’artification auquel procède notre regard en découvrant pareil corpus ? Et, d’autre part, quel est le fragment d’imaginaire collectif qui infuserait dans ce qu’il est bien convenu d’appeler une mythologie individuelle.

« Ici, seul le scopique compte » tranche Marc Donnadieu, précisant même au sujet des autoportaits « qu’il ne s’agit donc pas d’être l’autre, de se féminiser ou de se travestir. Il ne s’agit, semble t-il, que d’éprouver soi-même l’objet du seul désir ».

En outrepassant la problématique de la photographie « brute », il n’en reste pas moins que le caractère privé, intime, de cette entreprise - évoque, par syllogisme, celle du fétichisme comme un art consommé de mythopoésie.

Et celle-ci prend ici toute sa dimension, détournant les cadres, déconstruisant les modèles, et imposant in fine une narration et une esthétique particulières dont l’auteur n’avait sans doute jamais envisagé que nous tenterions de percer les arcanes.
« Il n’y a pas d’être plus malheureux sous le soleil qu’un fétichiste qui languit après une bottine et qui doit se contenter d’une femme entière » écrivait Karl Kraus.

Œuvres
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le fétichiste (anonyme) sans titre, 1996
10 x 15 cm
le fétichiste (anonyme) sans titre, 1998
10 x 15 cm
le fétichiste (anonyme) sans titre, 1998
10 x 15 cm
le fétichiste (anonyme) sans titre, 2000
10 x 15 cm
le fétichiste (anonyme) sans titre, 2003
10 x 15 cm
Artiste
le fétichiste (anonyme)
le fétichiste, 2002, *sans titre*, tirage photographique - © christian berst — art brut

C’est l’histoire d’un ensemble photographique anonyme surgi du secret auquel il semblait voué. Soit des centaines de tirages amateurs courant sur une décennie, entre 1996 et 2006, et témoignant du fétichisme de son auteur. Celui-ci se manifeste au travers de clichés de jambes gainées de collants, prises indifféremment dans la rue ou à la télévision. Sa pratique évoque celle de Miroslav Tichy, à la différence que notre auteur devient parfois lui-même acteur. Dans les deux cas – comme fréquemment dans l’art brut - se posent les questions brûlantes de l’artification auquel procède notre regard et de la part d’imaginaire collectif qui infuserait dans pareille mythologie individuelle.

Catalogue
Le fétichiste anatomie d’une mythologie
Le fétichiste : anatomie d’une mythologie - © christian berst — art brut

Textes : Marc Donnadieu et Magali Nachtergael
Avant-propos : Christian Berst
Publié à l’occasion de l’exposition le fétichiste : anatomie d’une mythologie, du 15 octobre au 21 novembre 2020.

Revue de presse
christian berst, l’art brut comme un art contemporain
Emma Noyant, Art Absolument. Le 9 octobre 2020.
le fétichiste: anatomie d’une mythologie
La Rédaction, 9lives Magazine. Le 1 août 2020.
Le Fétichiste

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