lázaro martínez durán
video ergo sum
Chez Lázaro Martínez Duran, créer revient d’abord à regarder. Ainsi, le monde qui défile devant ses yeux se trouve figé dans ses téléviseurs. Comme pour interrompre - à défaut de le maîtriser - ce flux incessant, l’énergie narrative déployée est immédiatement lisible ; foules, villes, personnalités publiques et manifestations forment ainsi un kaléidoscope où le collectif domine.
Dans l’écran, l’image se cadre, se redouble, s’expose. L’univers de Duran n’est plus seulement représenté : il est filtré et recomposé. En mêlant tracé et fragments de presse, en tissant des liens ténus entre histoire internationale et scènes de la vie ordinaire, Lázaro fabrique avec des chromos une actualité instable ; une sorte de journal intime projeté où le réel devient montage, où la propagande est déjouée. Car il ne documente pas : il édite.
Tout, chez lui, semble reprendre les codes du Pop Art : icones modernes, collage, frontalité. Pourtant, là où le Pop introduisait distance et ironie, Lázaro opère une appropriation plus directe. Les images ne sont pas commentées, elles sont soulignées par ses dessins pour être mieux absorbées. Le passage au volume - téléviseurs bricolés à partir de cartons et de rebuts - accentue encore ce déplacement : l’objet médiatique est reconstruit dans une économie fragile, domestique, presque précaire.
En filigrane, Cuba affleure. Les rassemblements, les tensions politiques, le régime de surveillance, mais aussi la place ambivalente des canaux de diffusion de masse, entre information et mise en scène. L’écran devient alors un espace de négociation, où s’élabore une version personnelle de la société cubaine, entre vécu et imaginaire. En définitive, Lazaro Duran ne paraît pas utiliser l’archive comme un outil critique pour déconstruire un discours ; il cherche davantage à dépasser le statut de témoin auquel il se sent réduit afin de prendre pleinement part au spectacle du monde.