rigo
memoria en fragmentos
le bridge
Guillermo Rigoberto Casola Marcos, né à La Havane en 1961, se faisait appeler Rigo. C’est dans la minuscule chambre de l’appartement qu’il
partageait avec son frère, atteint du syndrome de Diogène, que nous avons découvert ses œuvres à la gouache soigneusement rangées sous son lit.
Il nous a été facile de le reconnaître dans beaucoup de ses compositions fragmentées. Même visage longiligne coiffé d’une casquette, cheveux noués en queue de cheval, cigare vissé entre ses lèvres ou se consumant dans un cendrier. Car Rigo donnait forme à un monde intérieur où se mêlaient scènes du quotidien – celui du Cubain marginal qu’il était – fantasmes érotiques et visions teintées d’autodérision. Ses saynètes progressent dans leur narration comme un storyboard ponctué de fragments de textes souvent phonétiques, traduisant une parole directe, sans filtre. Son langage graphique, entre pop art et bande dessinée, devait beaucoup à ses qualités de coloriste.
Bien qu’il ait été interné à deux reprises en hôpital psychiatrique, Rigo finit par trouver un emploi comme gardien dans un service de l’État jusqu’à l’accident tragique qui lui coûta la vie à l’été 2025.
Cette exposition se veut un hommage à sa résilience, comme à son œuvre qui figure désormais dans d’éminentes collections d’art brut et d’art contemporain.