ramon losa
proliférations
Ramon Losa a toujours créé. Né en 1959 à Villapalacios, il émigre très vite en France avec ses parents, avant de revenir en Espagne à l’adolescence. Extrêmement doué, les Beaux-Arts de Madrid lui tendent les bras, mais son indocilité entraîne son renvoi au bout de trois mois seulement. Dès lors, ses failles psychiques le conduisent à des internements réguliers, en même temps qu’ils exacerbent son potentiel créatif.
Dès lors, ses expérimentations enfiévrées apaisent les démons qui l’assaillent et révèlent un artiste d’une rare sincérité. La haute maîtrise n’y dissout aucune fêlure. Au contraire, il s’y fait jour une lutte immuable contre la fragmentation. Car Ramon Losa, affranchi en quelque sorte de la tentation de rentrer dans le rang, y goûte à l’ivresse d’une liberté sans ambages. Celle, notamment, de se raconter, de témoigner sans fard, en passant sans discontinuité de la peinture la plus aboutie aux collages les plus baroques et aux textes les plus irrévérencieux. Jusqu’à composer des grimoires d’écritures asémiques qui paraissent espérer un lecteur compatissant ou ravi.
Dans ce foisonnement, Ramon Losa maîtrise l’ellipse et le télescopage, au point qu’on ne sache plus trop s’il y dévoile davantage le cheminement de ses affects ou s’il nous livre un récit distancié et tendrement ironique de l’époque : des icônes futiles de la culture populaire, comme les clins d’œil appuyés à l’art académique y côtoient les drames contemporains et le triomphe de la modernité dans un tournoiement indistinct qui n’est pas sans rappeler l’hystérisation des images sur nos « réseaux ». Même si, çà et là, une citation autobiographique - à l’instar des maîtres de la renaissance, précurseurs du « selfie » – nous rappelle à quel point l’artiste ne se délie pas de ce spectacle.
Bien au contraire, Ramon Losa se livre et se délivre dans ses merveilleuses proliférations.
Ballotté entre l’Espagne et la France, où il passe son enfance, Ramón Losa, revenu à l’adolescence dans son pays natal, échoue à suivre l’enseignement de l’école des Beaux-Arts de l’Université de Madrid. La période du service militaire voit ses troubles psychiques s’intensifier et il est hospitalisé par intermittence. Ce que Losa montre, quel que soit le médium utilisé (dessin, collage, etc.), c’est une façon presque électrique d’assembler et de disjoindre les motifs, vus comme autant de morceaux aimantés du monde. Impression qu’ici unir et séparer, coller et couper, tracer et effacer se fondent dans un seul geste – un seul espace. Son œuvre découverte récemment fait déjà partie de[…]