el sirio
Josvedy Jove Junco, dit El Sirio, dessine des personnages imaginaires pittoresques issus d’histoires inventées. Dans ses œuvres, situations réelles et fantastiques s’entremêlent, tout comme l’écriture, qui constitue un élément indissociable de son travail graphique.
Dès le plus jeune âge de Josvedy, sa mère encourage sa passion pour la lecture en remplissant sa chambre de nombreux livres anciens sur des sujets variés, les ouvrages d’histoire étant ses préférés. Après le décès de sa mère, alors qu’il est encore enfant, Josvedy grandit avec son père dans un environnement marqué par les sautes d’humeur redoutables de ce dernier pour son entourage. Après une carrière dans l’armée, son père acquiert un petit terrain agricole, aujourd’hui exploité sous forme de ferme aux environs de La Havane et constituant la principale source de revenus de la famille.
Josvedy est un grand conteur, capable de narrer pendant des heures ses propres histoires avec une telle assurance et une telle maîtrise de leur contenu qu’elles semblent incontestablement vraies. Il utilise des cahiers qu’il remplit d’écrits et de dessins, combinant textes et images dans un ensemble visuel indissociable. Dans ces carnets, chaque centimètre carré est recouvert de son écriture envahissante, empreinte d’un grand pouvoir de suggestion, où il narre des récits mêlant faits avérés et légendes. Il s’attribue tour à tour des rôles variés, tous auréolés de la gloire des savants : prix Nobel, « Prince d’Angleterre » (parlant une dizaine de langues), inventeur, etc.
Son travail présente un aspect formel caractéristique : la singularité de sa calligraphie, rappelant celle des textes médiévaux, se conjugue aux gestes appuyés qui usent parfois le support. Bien que l’on ignore précisément quand il a commencé à écrire et à dessiner, l’accumulation de cahiers et la densité de ses œuvres témoignent de son besoin impérieux d’expression. Un cahier récent, par exemple, dévoile des silhouettes géantes réalisées au pastel ou au stylo à bille, semblant filigraner le papier, et est traversé par une écriture à peine lisible, tracée tant au recto qu’au verso de chaque feuille. L’ensemble évoque une vaste symphonie dont seul l’auteur semble percevoir la résonance, avec des instruments que l’on devine puissants, évoquant davantage des cuivres que des cordes.
Il convient également de noter que Josvedy Jove Junco souffre depuis l’enfance de crises paranoïaques et d’hallucinations, éléments qui nourrissent la complexité et l’intensité de son œuvre.