Josef Hofer
Transmutations
Josef Hofer est muet mais il parle haut, et fort. Son langage est si intelligible que ces corps qui se débattent, se frôlent et se touchent finissent par devenir étonnamment familiers. Mais d’une étrange familiarité, comme lorsqu’une odeur, soudain, réveille en nous l’enfance enfouie.
Est-ce là l’emploi souverain de jaunes et d’oranges qu’enfants nous utilisions pour rendre perceptible l’incandescence du soleil ? Est-ce ce mode de représentation du corps, entre maladresse juvénile et haute maturité inventive ? Est-ce l’élémentarité du crayon alliée à la transgressivité des thèmes ? Oui, Hofer excelle à créer un champ de perturbation immédiatement perceptible, instantanément reconnaissable. Pourtant, en plus d’une décennie, sa manière, si identifiable soit-elle, a connu des mutations et des évolutions profondes. Preuve, s’il en fallait, que ces artistes là – contrairement à une idée répandue – ne sont pas condamnés à la répétition stérile.
Si Josef conçoit des polyptyques desquels rien ne s’échappe – circonscrivant ainsi douleurs et plaisirs dans l’enceinte du cadre - il ne faut pas oublier qu’il commença par laisser flotter personnages et objets en apesanteur dans la feuille blanche. Les corps, jadis tout entiers contraints par la bordure, sont désormais fréquemment remplacés par des études de nus alanguis, recadrés. Sans compter les lettres contaminant le fond et qui se substituent de plus en plus souvent à son fameux cartouche dans lequel les lettres de Pepi – son surnom affectueux – forment des séquences aléatoires.
Quant au stade du miroir auquel on a cru pouvoir le limiter, il le traverse allègrement en réinterprétant aussi bien Egon Schiele qu’Helmut Newton. D’intimes fracas en infimes désordres, de subtiles observations en savantes déconstructions, Hofer invente sans cesse. Comme l’on ferait pour se frayer un chemin à travers ses émotions. Avec humilité et maîtrise.
Josef Hofer, à plus de 70 ans, est d’ores et déjà considéré par les collectionneurs et les institutions comme un « classique » de l’art brut. En attestent les deux expositions monographiques qui lui ont été consacrées à la collection de l’art brut, à Lausanne, ou les nombreuses publications dont il a fait l’objet. Sans compter que les collectionneurs d’art contemporain le plébiscitent autant, si ce n’est plus encore, que les amateurs d’art brut. Signe de l’universalité d’une oeuvre qui inviterait autant à la réconciliation qu’au dépassement.
Pensionnaire pendant plus de trente ans d’une institution autrichienne, Josef Hofer ne parlait pas, il dessinait. Inlassablement. Dans le miroir qu’il se tendait et qu’il nous tendait, ses personnages tentent de prendre leur essor dans le carcan du cadre avec une grâce érotisée, indomptée. Ses dessins mettent en images une dualité fondatrice entre le corps et la psyché.
Son œuvre figure dans de grandes collections privées comme celles d’Antoine de Galbert ou d’Arnulf Rainer, qui le considérait d’ailleurs comme « l’un des plus grands artistes d’art brut contemporains ». Un ensemble important de ses œuvres a rejoint en 2021 les collections du Centre Pompidou.
En 2026, la galerie a publié une monographie de 270 pages et mis en ligne un catalogue raisonné de près de 3 000 œuvres.