Rigo
Le cubain Guillermo Rigoberto Casola Marcos (1961–2025), dit Rigo, a produit un ensemble de dessins à la gouache, entre peintures pop et bandes dessinées, aux couleurs vives et expressives. Ses compositions fragmentées donnaient forme à un monde intérieur singulier, où se mêlaient scènes du quotidien, souvent érotiques, visions futuristes ou fantasmées, teintées d’un humour discret et rehaussées de fragments de textes.
Cet artiste représenté par la galerie depuis 2018 fait déjà partie de nombreuses collections notamment celles de Treger /Saint Silvestre (Portugal) et Bruno Decharme (Paris).
Guillermo Rigoberto Casola Marcos, né à La Havane en 1961, était plus connu sous le nom de Rigo. Ses parents et sa fratrie souffraient, comme lui, de troubles mentaux ; l’un de ses frères était diagnostiqué schizophrène paranoïaque. Rigo dessinait depuis l’enfance et, lorsqu’il n’offrait pas ses dessins, il les jetait. Ses gouaches cherchaient à exprimer son quotidien, le ressenti d’un Cubain pauvre, à la fois artiste et marginal, non dénué d’humour. À mi-chemin entre la peinture pop et l’illustration, ses saynètes progressaient dans leur narration comme un story-board horizontal, composé de petites feuilles de papier de récupération assemblées. Son langage graphique, très sûr, devait beaucoup à ses qualités de coloriste.
Ses compositions se structuraient en vignettes, à la manière de la bande dessinée. Les couleurs, franches et contrastées, dominées par des rouges, des bleus et des jaunes saturés, donnaient à ses figures une présence immédiate et frontale. Personnages, mots et symboles cohabitaient dans un univers fragmenté où souvenirs intimes, scènes de la vie quotidienne et références à l’institution psychiatrique s’entremêlaient. Les textes intégrés à l’image, souvent maladroits ou phonétiques, traduisaient une parole directe, sans filtre, participant pleinement à la narration visuelle. Ce monde éclaté, parfois traversé d’un imaginaire cosmique ou onirique, faisait écho à la vie de l’artiste et à sa perception subjective du réel.
Par ailleurs, Rigo aimait regarder des films expérimentaux et allait jusqu’à tourner ses propres vidéos, qu’il conservait jusqu’au moment où il trouvait un ordinateur pour les diffuser. Dans ses très courts métrages, il s’attardait souvent sur des détails de ses dessins, leur conférant une étrangeté poétique que n’auraient pas reniée les surréalistes.
Interné à deux reprises en hôpital psychiatrique, Rigoberto travailla comme gardien dans un service de l’État jusqu’à l’accident tragique qui lui coûta la vie en 2025.