Hassan
Sur les trottoirs du quartier des entrepôts de vin du port de Barcelone que Hassan dessine sur des planches de caisses de vin retaillées, maisons aux toits plats ou mobilier fonctionnel semblant flotter sur le fond laissé vierge. Son abstraction rigoureuse, sa géométrie figurative et son réalisme sélectif demeurent pourtant empreints de mystère, comme si ces espaces silencieux racontaient une histoire dont le récit nous échappe.
Ses œuvres figurent dans le fonds du centre Pompidou et d’autres collections prestigieuses.
D’origine sénégalaise, Hassan (Ousseynou Gassama, dit) a élu domicile dans le quartier des entrepôts de vin du port de Barcelone. Secret, parlant peu voire pas du tout, il vit dans la rue à l’écart des autres. Au dire d’un « ami », il viendrait d’un petit village et aurait une fille. Dès qu’il a un peu d’argent, il s’achète des piles pour son poste de radio et écoute de la musique.
La localisation actuelle de Hassan est inconnue depuis 2012. La dernière fois qu’il a été aperçu, il était hospitalisé. Il est toutefois supposé qu’il vit aujourd’hui dans le sud de l’Espagne, où il serait pris en charge par les services sociaux.
Hassan dessine sur des planches provenant de caisses de vin, qu’il retaille à la scie et au cutter. Il y représente des maisons aux toits plats ainsi que du mobilier fonctionnel, aux formes géométriques, semblant flotter sur le fond laissé vierge. Il travaille avec minutie, réfléchit longuement, positionne précisément ses instruments avant d’effectuer un tracé.
En guise de signature, il se sert de pièces de cuivre qu’il inclut dans le bois, poinçonne et poli. Il conserve dans une valise attachée près de lui ses outils, ses crayons et ses plaques de bois. Il a vendu quatre-vingts pièces à un collectionneur rencontré en 2010. Lorsque celui-ci lui a dit qu’il allait montrer son travail en France, Hassan a répondu d’un geste de la main semblant signifier : « chacun sa route, laisse moi ».
Préface : Matali Crasset
Avant-propos : Christian Berst.
Publié à l’occasion de l’exposition Hétérotopies : architectures habitées, du 9 décembre 2017 au 20 janvier 2018.