japon brut
#2
Pour ce deuxième volet de « japon brut », la galerie présente un nouvel ensemble d’œuvres où la création prend naissance entre les lignes. Lignes de chiffres, d’idéogrammes revisités, de kanjis inlassablement tracés, petits visages gravés dans la terre comme des pétroglyphes.
Ainsi, Hideaki Yoshikawa façonne dans l’argile des peuplades hiératiques, là où Yumiko Kawai brode des ombilics qui aspirent le regard dans leurs spirales concentriques ; Yukio Miyashita propage des mots qui lui sont étrangers comme des insectes sur la feuille, tandis que Kunizo Matsumoto anime des pages d’éphémérides avec ces myriades de caractères ; Yuichi Saito sème au gré de la feuille ses nuées d’idéogrammes alors que Masaki Mori déploie des processions sérielles qui rappellent Henri Michaux ; La jeune Momoko Nakagawa passe de la modulation de fréquences colorées à la scansion de chiffres dans des halos de café et Koji Nishioka laisse sa musique intérieure pérégriner sur des portées ondoyantes.
L’examen d’un paradoxe est une exquise nourriture pour l’esprit. Et l’art brut n’en est pas avare. Ou du moins est-ce le régime auquel les arpenteurs de ce champ sont accoutumés. Dubuffet avait commencé, en 1949, par inscrire l’exemption de culture artistique au fronton de son temple brut. Tandis qu’il admettra, plus de trois décennies plus tard, « qu’il subsiste toujours des références au conditionnement culturel ». Précisant même que « les manières de s’écarter de l’art culturel sont en nombre infini ». Pour l’observateur occidental, l’art brut japonais apparaît d’abord à travers une distance qui en accentue les singularités. Mais sous la mince couche d’exotisme affleure une dimension profondément universelle.