J.J. Seinen
José Johann Seinen – né aux Pays-Bas en 1934 – a produit avec un soin maniaque un œuvre incomparable qui s’apparente à l’inventaire d’une mythologie personnelle où archéologie et science-fiction se mêlent. Un projet vertigineux qui pose également la question du jeu dans l’art.
Lorsque ses parents - soupçonnés de collaboration avec les allemands pendant l’occupation - furent emprisonnés à la fin de la guerre, José et ses cinq frères furent confiés à la garde de leurs grands-parents qui vivaient à Amsterdam. C’est là qu’il commença à dessiner inlassablement : des cahiers conçus comme des livres animés remplis de robots et, déjà, des découpages minutieux et minuscules, petits personnages d’un théâtre intime qu’il faisait évoluer dans des décors dessinés à leur mesure. Jeune adulte, il entra comme employé dans la banque où travaillaient déjà son père et son grand-père, se maria et devint père d’une fille ; femme et enfant le quittèrent à la fin des années 60. José ouvrit ensuite une agence de voyage où il rencontra sa deuxième épouse, Colombienne, avec laquelle il convint de vivre à Amsterdam puis à Bogota, en alternance tous les 7 ans. Mais il ne revint jamais s’installer aux Pays-Bas et à la mort de sa mère bien aimée, José fit embarquer tout le contenu de sa maison – parquet inclus - et expédia l’ensemble en Colombie. Il y passa le reste de sa vie à s’enfermer des journées entières dans une petite pièce sans confort pour s’évader dans son univers. Très érudit, José connaissait tout de l’Antiquité et possédait une bibliothèque de milliers de livres rares. Avare, il portait en toute saison le même complet trois pièces à rayures de mauvaise facture et fumait, les uns après les autres, des cigarillos bon marché.
À sa mort, en 2012, à l’âge de 78 ans, sa veuve découvrit 22 boites remplies du travail de toute une vie : des milliers de dessins d’une grande précision, des accumulations sérielles de personnages ou d’objets, très souvent soigneusement découpés et classés dans des enveloppes : dieux mésopotamiens, édifices grecs et romains, armées entières, poteries surgies d’une fouille archéologique, extraterrestres …
J. J. Seinen nous laisse face à une énigme. Celle d’un enfant qui, caché dans la vie d’un adulte, aurait poursuivi son rêve éveillé.