Josef Hofer
Pensionnaire d’une institution autrichienne, Josef Hofer ne parlait pas, il dessinait. Inlassablement. Dans le miroir qu’il se tendait et qu’il nous tendait, ses personnages tentent de prendre leur essor dans le carcan du cadre avec une grâce érotisée, indomptée. Ses dessins mettent en images une dualité fondatrice entre le corps et la psyché.
Son œuvre figure dans de grandes collections privées comme celle d’Arnulf Rainer qui le considérait comme « l’un des plus grands artistes d’art brut contemporains ». Un ensemble de ses œuvres a rejoint en 2021 le fonds du Centre Pompidou.
En 2026, la galerie lui consacre une cinquième exposition, une monographie et un catalogue raisonné en ligne.
Josef Hofer ne parlait pas. En revanche, il s’exprimait inlassablement par le dessin. Né en 1945, il fut élevé reclus dans une ferme en Haute-Autriche car il souffrait, tout comme son frère, d’un retard mental, de difficultés d’audition et d’élocution, auxquels s’ajoutait, pour Josef, une mobilité réduite. Le père avait souhaité soustraire ses fils aux moqueries de l’entourage et surtout aux traitements qu’auraient pu leur infliger les occupants nazis puis soviétiques. À la mort du père, en 1982, la mère partit vivre avec ses fils à Kirschlag, donnant à Josef l’occasion de contacts sociaux, ainsi que la possibilité de fréquenter un hôpital de jour. Ces changements s’avérèrent bénéfiques : Josef prononça même quelques mots. Par la suite, il fut pensionnaire d’une institution à Ried, où Elisabeth Telsnig repéra son goût pour le dessin et encouragea sa créativité.
Pepi, c’est ainsi qu’il signait, se regardait, Pepi se racontait. Dans le miroir qu’il se tendait et qu’il nous tendait, nous assistions, médusés, à l’enfance de l’art. Comme le soulignait Michel Thévoz, « Josef Hofer était en état de grâce ». Une grâce érotisée, indomptée, où le corps tentait de prendre son essor dans le carcan du cadre. Une nudité sensuelle et brute perçait au travers de son trait sûr et fruste aux couleurs chaudes.
Depuis la rétrospective que lui avait organisée la Collection de l’Art Brut en 2003, de nombreuses expositions et publications lui furent consacrées. Ses dessins, que nous avons présentés à la galerie dès 2008, font désormais partie des plus grandes collections d’art brut au monde.
Présenté par le Museum of Everything à Turin en 2010, il fit l’objet cette même année d’une rétrospective accompagnée d’un catalogue à Prague, et d’une autre, fait unique dans l’histoire de la Collection de l’Art Brut, qui lui fut à nouveau dédiée en 2011 à Lausanne, doublée cette fois de la publication d’une importante monographie.
Josef Hofer fut montré à deux reprises à la Maison rouge en 2014, dans les expositions Le Mur, œuvres de la collection Antoine de Galbert et art brut, collection abcd/Bruno Decharme. Depuis, un ensemble de ses dessins fut exposé en 2022 au DOX à Prague dans l’exposition POWER(LESS), ainsi qu’au Musée national Soares dos Reis à Porto, tandis que plus de 250 de ses dessins étaient présentés au Kunstmuseum Thurgau / Ittinger Museum de Warth en Suisse.
À sa mort en 2026, Philippe Dagen qualifia Hofer de « l’un des créateurs les plus puissants et les moins explicables de notre époque ».
Catalogue publié à l’occasion de l’exposition : josef hofer : le motif dans le miroir
du 5 septembre au 10 octobre 2026
Edition bilingue (FR/EN)
Avant propos : Christian Berst
Auteurs :
Elisabeth Telsnig, historienne de l’art découvreuse de Josef Hofer
Fabrizio Donini Ferretti, commissaire de l’exposition,
Philippe Dagen, historien de l’art et critique d’art
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